" JE NE VOTERAI PAS EN FAVEUR DU PLAN SARKOZY "
Par Claude le mercredi 15 octobre 2008, 20:09 - Débat public - Lien permanent
Déclaration de Dominique Voynet,
Sénatrice de la Seine Saint Denis, Maire de Montreuil
Comme une majorité de nos concitoyens, je n'ai confiance ni dans ceux qui
nous proposent aujourd'hui un plan de sortie de crise à 360 milliards d'euros,
ni dans la capacité de ce plan à nous sortir de cette crise . A court, à moyen
et à long terme. .
On ne peut pas nous dire aujourd'hui « sauve qui peut, votez et demain
nous ferons une autre politique » , alors que tout dans le plan annonce la
poursuite de la même.
Ce plan ,totalement immoral , jette un rideau de fumée sur les causes et les
responsabilités : Il efface les ardoises et renfloue les mêmes opérateurs.
. .
Quelles raisons aurions nous de croire que ceux qui ont transformé l'économie
du monde en vaste casino, ne reproduisent pas à l'avenir les mêmes
comportements ?
Contrairement d'ailleurs à l'analyse du Président de la République il y a
quelques semaines, rien dans le paquet proposé ne ressemble à de vagues
précautions contre les dérives qui nous ont amenés à la catastrophe : pas
de mise en cause des paradis fiscaux, pas de suppression des parachutes dorés
ou des stocks options ..
Aucune des mesures n'est encadrée : ni conditions à la distribution de
crédit, ni règles prudentielles nouvelles, ni réforme des agences de notation,
ne sont prévues ne serait ce qu'a minima, pour orienter les sommes mises sur le
tapis, vers d'autres usages que ces dernières années. . Moins courageux que les
mesures anglaises , il ne pose évidemment pas la question d'un pole financier
public pour intervenir sur les marchés.
Ce plan n'est d'ailleurs pas vraiment solidaire d'un point de vue
européen : le gouvernement participe de la course à qui renflouera le plus
« à la louche » ses propres organismes , quitte à accroître la
concurrence entre les banques européennes . Aucune décision ne va au demeurant
dans le sens d' un véritable pilotage économique commun .. Rien à l'examen ne
prévoit un minimum de défense de l'Europe contre les fonds souverains
extra-européeens
Le plan est déséquilibré, injuste , il aboutira à l'arrivée à faire payer
les pauvres : il joue sur un seul partenaire : les banques. Il ne
s'engage directement ni sur le soutien aux ménages sur-endettés par les crédits
immobiliers , ni sur le soutien aux Pme , ni sur la recherche dans les secteurs
stratégiques de demain, ni sur le soutien aux collectivités locales qui
étouffent financièrement et qui constituent pourtant les agents essentiels du
soutien par exemple à l'activité du bâtiment.
Au moment où on distribue de si imprudentes garanties, on pioche dans le 1%
logement et dans les livrets de développement durable, on soumet à la
discussion la loi Boutin , on supprime la DSU.., on renonce au malus écologique
. Si le gouvernement veut vraiment l'union nationale, qu'il revienne sur le
paquet fiscal et qu'il oriente les sommes ainsi récupérées vers
l'investissement écologique.
Le plan est d'ailleurs écologiquement douteux : la reprise de 30 000
logements « gelés » constitue un encouragement à continuer à
construire n'importe quoi n'importe où n'importe comment .
Notons le, les sommes que les droites européennes n'ont pas trouvées depuis
15 ans pour soutenir l'action contre le dérèglement climatique ou la crise
énergétique, composante majeure de la crise actuelle, ont été trouvées en
quinze jours pour ventiler le système de crédit. Et notre gouvernement qui
mégote sur le financement du grenelle de l'environnement est bien prompt à
secourir un système de crédit dont on nous disait il y a quelques temps encore
qu'il était le plus solide du monde.
Le plan sera inefficace : La course au crédit de ces 20 dernières
années et son effondrement actuel sont la conséquence de l'incapacité du
système d'une part à répartir équitablement les richesses , d'autre part à
gérer des multiples conséquence de la pression sur la ressource
écologique : Si aujourd'hui la crise financière nourrit la crise
économique, depuis 20 ans l'impasse économique et écologique alimente la
impasse financière . Traiter une crise sans traiter les autres, c'est
reproduire une stratégie contre productive .
Le plan ne suffira donc pas : demain les acteurs financiers seront de
plus en plus gourmands , ils reviendront passer encore et toujours à la caisse,
l'instabilité des valeurs boursières est une donnée de très long
terme.
Au total, ce plan , jette un rideau de fumée sur les causes de la crise et
sur les solutions réelles . La droite française au pouvoir depuis 7 ans, si
elle n' est pas la seule responsable de la situation , n'a cessé d'entretenir
comme ses homologues européens les enchaînements spéculatifs qui explosent
aujourd'hui . Elle espère que tout repartir comme avant, je n'y crois
pas.
C'est pourquoi je ne voterai pas en faveur de ce plan.
15 octobre 2008
Ecologiste rouennais. Vice-président de la Région Haute-Normandie chargé de : l'Economie des territoires (agriculture, pêche, tourisme, forêts), l'Economie sociale et solidaire, la Mutation écologique, la Coopération nord-sud.






Commentaires
"le capitalisme est mort, vive le capitalisme", nous déclare en substance notre très cher président. Jusqu'à quand l'argent roi?
Qui a dit :
« Il parait malvenu d’augmenter les taxes sur les stocks options si l’on veut lutter contre ce phénomène de délocalisation,d’autant plus que,comme les personnes, les entreprises sont libres d’installer leurs sièges sociaux où elles veulent. Si le niveau de taxation sur les stocks options devenait dissuasif, ce serait une faute »
Laurent FABIUS , Libération du 14 avril 2000