SAUVER L'INDUSTRIE AUTOMOBILE?
Par Claude le dimanche 23 novembre 2008, 16:39 - Economie - Lien permanent

Tribune publiée par Ouest - France le 20 novembre
Faut-il sauver le secteur automobile ? D'une écologiste, on craint sans
doute une réponse sans nuances. Après tout, je plaide depuis longtemps pour que
nous libérions nos habitudes de l'emprise de la voiture : plus de
transports en commun, plus efficaces, et moins d'étalement urbain, qui allonge
les distances sans améliorer la qualité de vie. Moins de gaspillages d'énergie,
moins de pollutions.
En octobre, les ventes de voitures sont partout en chute libre : recul
de 7,3 % des immatriculations en France, de 19 % en Italie, moins 19, de moins
23,8 % en Espagne. La déprime est générale, et plus grave encore aux
Etats-Unis, où la voiture a nourri l'imaginaire comme nulle part
ailleurs : la chute est de 30% pour Ford, de 31% pour Chrysler. General
Motors a vu ses ventes dégringoler de 45 % le mois dernier. C'est une industrie
entière qui s'écroule.
Je le dis tout net, je ne m'en réjouis pas. Je pense d'abord aux milliers de salariés qui - chômage technique d’abord, licenciement ensuite - seront les premières victimes du déclin, pourtant prévisible, de l'industrie automobile .
Une fois encore, la catastrophe est née de l'imprévoyance. Le meilleur
exemple est à Sandouville, en Normandie. Qui pouvait sérieusement penser que
l'avenir de la filière était encore dans la production de berlines puissantes,
gourmandes en carburant et grosses émettrices de gaz à effet de serre ?
C’était la meilleure des stratégies pour garantir l’emploi, affirmaient les
dirigeants de Renault aux salariés. Ils se sont lourdement trompés. Mais ce
sont les salariés qui paieront la plus lourde part de la facture.
Le chômage qui va frapper massivement le secteur automobile n'a pour
origine ni la crise des subprimes ni la conjoncture économique et sociale. Il
résulte de l'inconséquence des dirigeants du secteur, incapables d'adapter
leurs entreprises aux lourdes mutations qu'elles doivent affronter. Des
dirigeants qui se sont trop longtemps contenté de présenter de mignons
prototypes de véhicules « verts » au Salon de l’auto, quand toute
leur stratégie commerciale restait tournée vers les véhicules gloutons, 4/4,
monospaces et autres berlines
Dérèglements climatiques, pollutions de l'air en zones urbaines, pétrole
cher : penser, dans un tel contexte, que l'industrie automobile ne devrait
rien changer relève au mieux de l'incompétence, au pire de la négligence
coupable.
L'urgence est là : le climat se dégrade plus vite encore que prévu, les
prix de l'énergie – car l'accalmie ne sera que passagère, chacun en convient –
pèsent très lourdement sur le budget des ménages. Dès lors, la question n'est
plus de savoir s'il faut changer, mais comment.
La meilleure façon de défendre les salariés de l'automobile – et ceux des
autres secteurs touchés par la crise, ce n'est pas de faire croire que rien ne
doit changer ; c'est anticiper la mutation, construire les solutions
permettant la conversion des activités et des personnels, et préparer une
économie différente, adaptée à un monde qui sera différent, une économie plus
sage, adaptée à un monde qui j’espère le sera aussi.
Dominique Voynet
Ecologiste rouennais. Vice-président de la Région Haute-Normandie chargé de : l'Economie des territoires (agriculture, pêche, tourisme, forêts), l'Economie sociale et solidaire, la Mutation écologique, la Coopération nord-sud.





