Une fois encore, la catastrophe est née de l'imprévoyance. Le meilleur exemple est à Sandouville, en Normandie. Qui pouvait sérieusement penser que l'avenir de la filière était encore dans la production de berlines puissantes, gourmandes en carburant et grosses émettrices de gaz à effet de serre ?
C’était la meilleure des stratégies pour garantir l’emploi, affirmaient les dirigeants de Renault aux salariés. Ils se sont lourdement trompés. Mais ce sont les salariés qui paieront la plus lourde part de la facture.

Le chômage qui va frapper massivement le secteur automobile n'a pour origine ni la crise des subprimes ni la conjoncture économique et sociale. Il résulte de l'inconséquence des dirigeants du secteur, incapables d'adapter leurs entreprises aux lourdes mutations qu'elles doivent affronter. Des dirigeants qui se sont trop longtemps contenté de présenter de mignons prototypes de véhicules « verts » au Salon de l’auto, quand toute leur stratégie commerciale restait tournée vers les véhicules gloutons, 4/4, monospaces et autres berlines

Dérèglements climatiques, pollutions de l'air en zones urbaines, pétrole cher : penser, dans un tel contexte, que l'industrie automobile ne devrait rien changer relève au mieux de l'incompétence, au pire de la négligence coupable.

L'urgence est là : le climat se dégrade plus vite encore que prévu, les prix de l'énergie – car l'accalmie ne sera que passagère, chacun en convient – pèsent très lourdement sur le budget des ménages. Dès lors, la question n'est plus de savoir s'il faut changer, mais comment.
La meilleure façon de défendre les salariés de l'automobile – et ceux des autres secteurs touchés par la crise, ce n'est pas de faire croire que rien ne doit changer ; c'est anticiper la mutation, construire les solutions permettant la conversion des activités et des personnels, et préparer une économie différente, adaptée à un monde qui sera différent, une économie plus sage, adaptée à un monde qui j’espère le sera aussi.

Dominique Voynet