Europe Ecologie : à l'heure de l'affirmation
Par Claude le mardi 23 mars 2010, 22:44 - Changer la politique - Lien permanent
"Nous appelons donc à la métamorphose d'Europe Ecologie et des
Verts en un mouvement politique unifié et pérenne qui porte le projet de
transformation écologique et social"
En moins d’un an, Europe Ecologie est devenue la troisième force politique française. Malgré un certain recul, le résultat des élections régionales confirme celui des élections européennes. L'écologie est désormais reconnue comme porteuse d'un projet de société crédible. Elle s'affirme comme une nouvelle offre politique, dépositaire d'une "autre voie". Son rôle consiste désormais à mettre en oeuvre une mutation écologique, économique et sociale adaptée à la nouvelle donne planétaire. Pour que ce projet se poursuive et s'enracine durablement, jusqu'à devenir le nouveau pivot de la vie politique, le rassemblement Europe Ecologie est confronté au défi de sa propre évolution. Celle-ci repose sur une double exigence : consolider la singularité politique de notre mouvement et penser sa métamorphose organisationnelle, dans le sens de l'autonomie. Les signataires de ce texte proposent de mettre en débat les principes et les conséquences de cet objectif au sein d'Europe Ecologie afin de franchir ensemble une nouvelle étape. Nouvelle étape que l'existence d'une délégation commune d'eurodéputés à Bruxelles et les nouveaux groupes d'élus dans les conseils régionaux préfigurent d'ores et déjà.
Consolider une identité politique autonome
Europe Ecologie a bâti son identité (et son succès) sur l'affirmation du
caractère déterminant de la crise écologique globale et de ses conséquences
sociales ainsi que sur la promotion d'un projet porteur de solutions. Nous
avons incarné cette orientation dans un programme de transformation écologique
de l'économie et de la société qui installe le critère de la régulation
écologique - l'éco-conditionnalité - au coeur des choix publics. Notre
mouvement s'est ainsi affirmé en développant sa propre cohérence entre
environnement, social, économie, éthique, solidarité et démocratie. C’est cette
singularité politique qu'il nous appartient désormais de renforcer en tant
qu'alternative aux crises qui minent les civilisations et dont les effets
s'enracinent dans le système productiviste dominant.
L'affirmation de l'autonomie idéologique et programmatique de l'écologie
politique constitue maintenant la poutre maîtresse de notre identité.
L’écologie ne doit plus se sentir sommée de choisir son camp pour s'aligner sur
ce qui n'est pas elle. Notre revendication d'autonomie politique ne saurait
nous conduire pour autant à camper dans un splendide isolement, en attendant
une hypothétique majorité. Les ravages de la crise ne permettent aucun retard à
la mise en oeuvre du changement. Si nous nous situons sans ambigüité dans
l'opposition au gouvernement UMP et à l'omniprésidence Sarkozy, dont la
politique conforte la machine à aliéner les humains et à épuiser la terre, nous
sommes favorables à des partenariats et à la constitution de majorités,
ponctuelles ou durables, autour des solutions écologiques, sociales et
démocratiques pour desserrer l'étau de la crise.
Construire l’autonomie organisationnelle
Privée d'outil, la politique est impuissante. Il s'agit donc de trouver les
formes opérationnelles qui donnent corps à nos idées pour qu'elles s'incarnent
dans le tissu social et qu'elles deviennent vraiment réalité. Europe Ecologie a
su établir un compromis dynamique entre une force structurée - les Verts - et
un mouvement convergent de sensibilités diverses. Les différenciations ont
laissé la place à l'élan commun. Elles l'ont même nourri. Ce pacte de vie
commune fut notre coup de génie collectif. Loyalement respecté par tous, il a
permis d'installer notre crédibilité. Il est aujourd'hui caduc dans la mesure
où il est manifestement inadapté à la nouvelle donne politique. Au niveau où
elle est maintenant installée, au regard des enjeux et de ses responsabilités
nouvelles, l'écologie politique ne peut plus se satisfaire d'une forme
organisationnelle hybride, pragmatique et fragile. Prolonger la cohabitation
entre un parti et un réseau reviendrait à se condamner au surplace, voire à la
désagrégation. Il n'est plus possible de soumettre les décisions à plusieurs
structures de validation dont les procédures ne sont pas collectivement
partagées. Il nous faut passer maintenant du compromis au cadre neuf d'un
mouvement ouvert à de nouvelles énergies, structuré pour durer, fort d'une
identité partagée et d'une expression politique commune, organisé de manière
identique pour tous, avec des militants à égalité de droits et de devoirs, en
débat permanent avec les acteurs de la société et les citoyens.
L'heure est à l'unité. Après un débat aussi large et
régionalisé que possible, des Assises fondatrices (ou Etats généraux
constitutifs) lanceront un nouveau mouvement de l'écologie politique qui
formalisera la métamorphose d'Europe Ecologie et des Verts pour porter le
projet écologiste aux élections de 2012.
L'heure est à l’égalité. Le futur mouvement de l'écologie
politique sera un rassemblement de personnes et d'élus adhérant
individuellement à cette nouvelle formation par l’acte symbolique et matériel
de la cotisation.
L'heure est à la clarification. Après un temps d'adaptation
respectant les transitions nécessaires à l'intégration de chaque sensibilité et
de chaque groupe au nouveau mouvement, dans un délai qui reste à définir, les
membres du futur mouvement de l'écologie politique devront renoncer à leur
appartenance à une autre organisation politique.
L’heure est à la transparence démocratique. Les décisions
structurantes devront faire l'objet de votes impliquant directement l'ensemble
des membres. La désignation des organes dirigeants fera évidemment l'objet
d'une procédure démocratique.
L’heure est à l’ouverture, en organisant des agoras régionales
et nationales régulières au sein desquelles s'impliqueront les forces vives de
la société. La structure organisationnelle de l'écologique politique doit être
en permanence ouverte sur la société, au contact des acteurs sociaux,
associatifs, économiques et des citoyens.
L'objectif de transformation écologique de la société, l'espoir social dont nous sommes porteurs, les responsabilités présentes et à venir dans l'exercice du pouvoir, nous conduisent à pousser plus avant notre logique fondatrice. Nous devons aller de l'avant et faire le choix d'une affirmation commune dans une nouvelle formation politique aux contours inédits comme nous le mettons déjà en oeuvre à Bruxelles et dans les nouveaux conseils régionaux. Nous appelons donc à la métamorphose d'Europe Ecologie et des Verts en un mouvement politique unifié et pérenne qui porte le projet de transformation écologique et social.
Un débat et un calendrier
Nous sommes conscients de la difficulté à mettre en œuvre une telle
métamorphose qui devra aussi ménager les rythmes nécessaires à l'adaptation de
chaque composante constitutive de notre rassemblement ou désireuse de le
rejoindre. C'est l'objet du débat qui est devant nous, lequel devra cheminer
entre deux écueils : Reproduire stricto sensu la "forme parti"
traditionnelle reviendrait à consentir à nouveau à la dictature de l'interne et
à ses pesanteurs. De même, une fédération de partis et courants, fondée sur
l'origine politique des membres, reproduirait le schéma partidaire en le
cristallisant sur le passé. Se satisfaire d'une "forme réseau" conduirait à une
certaine impuissance. Les réseaux constituent une force d'action diffuse et
souple conforme à notre désir de pratiques politiques différentes, mais ils ne
sauraient remplacer la nécessité de provoquer un impact global dans le champ
politique et institutionnel. Entre ces deux extrêmes, d'autres formes
d'organisation peuvent être imaginées et bâties intelligemment. Des pistes
existent qu'il s'agit de rendre opérationnelles : pratiques référendaires,
votations sur les orientations stratégiques, consensus comme méthode de
gouvernement... De même, un socle organisationnel commun n'interdit pas de
mettre en place d'autres formes participatives au projet écologiste, sous forme
de réseaux. L'ancrage de l'écologie politique relève davantage de pratiques
dynamiques avec les acteurs de la société civile que des impératifs d'un parti.
A tous nos comités, à tous nos réseaux, aux partis intégrés à Europe Ecologie,
aux groupes de nouveaux élus de se saisir de ce débat sur le devenir de notre
maison commune. C'est notre feuille de route maintenant. Sans préjuger de
l'émergence d'autres questions politiques comme celle de notre attitude lors
des futures échéances présidentielle et législatives, nous proposons que ce
débat acte en priorité les deux points cardinaux que nous développons dans ce
texte : autonomie politique et autonomie organisationnelle. Reste à
adopter consensuellement un calendrier pour ce débat. De notre point de vue, sa
conclusion doit intervenir en amont des futures échéances électorales avec des
Assises fondatrices du nouveau mouvement fin 2010 ou début 2011, après une
étape intermédiaire de restitution des débats régionaux dès juin 2010 et une
poursuite de la réflexion lors des journées d'été du rassemblement et des
Verts.
Ainsi nous continuerons ensemble le chemin.
André ASCHIERI, Danièle AUROI, Sandrine BELIER, Jean-Paul BESSET, Marie-Christine BLANDIN, Christian BOUCHARDY, José BOVE, Jean-Marc BRULE, Pascal CANFIN, Yves COCHET, Daniel COHN-BENDIT, Françoise COUTANT, Karima DELLI, François DE RUGY, Jean DESESSARD, François DUFOUR, Pascal DURAND, Jacques FERNIQUE, Mireille FERRI, Hélène FLAUTRE, Stéphane GATIGNON, André GATTOLIN, Sacha GOLDMAN, Guy HASCOET, Yannick JADOT, Ghislaine JEANNOT-PAGES, Eva JOLY, Pierre LARROUTUROU, Alain LIPIETZ, Eric LOISELET, Jean-Philippe MAGNEN, Noël MAMERE, Mickaël MARIE, Caroline MECARY, Jacques MULLER, Christophe PORQUIER, Michèle RIVASI, Jean-Louis ROUMEGAS, François SIMON, Anne SOUYRIS, Claude TALEB, Dominique VOYNET
Ecologiste rouennais. Vice-président de la Région Haute-Normandie chargé de : l'Economie des territoires (agriculture, pêche, tourisme, forêts), l'Economie sociale et solidaire, la Mutation écologique, la Coopération nord-sud.




Commentaires
C'est ce qu'il faut au rassemblement et c'est le bon moment pour le faire. Cela pourra donner une identité plus marquée aux nouveaux élus régionaux et leur donner plus de poids dans les négociations. Les personnes d'ouverture aux côtés desquelles les verts militent depuis plusieurs mois et qui pour certaines sont désormais élues, pourrront ainsi être confortées dans une structure organisée qui officialisera le rassemblement. Signer un appel n'est pas suffisant, il faut passer un véritable contrat politique.
Oui bien sur.
C'est pourquoi les conseillers régionaux Europe Ecologie vont maintenant s'employer avec tous les électeurs qui le souhaitent, avec toutes les personnes qui ont étendu et installlé la dynamique Europe ecologie sur tous les territoires de la Haute Nomandie, à organiser en juin les asises régionales d'Europe Ecologie.
Ces assises auront à préciser les termes du contrat : le projet de transformation écologique pour la région et le vivre ensemble dans une future et nouvelle forme de mouvement politique ouvert à la société.