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La CCI de Rouen demande le « déclassement » de la Métropole rouennaise

Ce lundi 18 mai à 14h, le Conseil d’Etat examinera en séance publique, à l’initiative de la CCI de Rouen, une demande d’annulation du décret du 26 juin 2013 portant classement de la boucle de Roumare. Les dirigeants de la CCI de Rouen voudraient jouer contre l’attractivité de la métropole rouennaise qu’ils n’agiraient pas autrement.

Le fond de la requête est consternant. Sa forme, démarche effectuée en catimini, est choquante.

La Seine, faut il le rappeler, parce qu’elle fut longtemps dédiée à la fonction principale de couloir de circulation de marchandises, est l’un des fleuves les plus artificialisés de France.

Par ce classement, la volonté enfin affirmée par l’Etat était de préserver un équilibre entre les activités économiques et la nécessité de préserver les milieux humides, principaux réservoirs de biodiversité.

Un fragile consensus avait même pu réunir un temps les acteurs économiques et portuaires et les protecteurs de la nature et de l’environnement autour d’un « deal » : le classement progressif des cinq boucles de Seine en échange d’une acceptation des travaux d’arasement destinés à améliorer les accès nautiques du Port de Rouen. Consensus alors promis à être accompagné d’un programme, qui peine à s’amorcer, de 90 millions d’euros d’investissements portuaires et publics en faveur de mesures environnementales compensatoires.

Soulignons que le classement de la boucle de Roumare, pas plus que celui de la boucle du Marais Vernier qui est sensé le suivre, n’entrave les activités actuelles du Port autonome et de la filière logistique.

Au nom de quels intérêts très particuliers la CCI a t’elle décidé d’agir ?

Certainement pas au nom des acteurs économiques du tourisme, secteur qui connaît un développement spectaculaire dans notre magnifique vallée de Seine !

Rien qu’à Rouen, le tourisme fluvial, via une quinzaine de bateaux de croisière, a permis l’accueil d’environ 50 000 visiteurs depuis un an..

Cette dynamique est promise à un bel avenir sous condition de préserver et de valoriser le patrimoine naturel inestimable de la Vallée de la Seine et de restaurer une biodiversité extrêmement dégradée.

Le Contrat de plan inter-régional (CPIER) « Vallée de Seine » qui engage conjointement 400 millions de l’Etat et des 3 régions Ile de France et Normandie sur 2015-2020 s’articule d’ailleurs sur l’objectif de concilier et non de soumettre de l’exigence environnementale au développement économique.

A contrepied, la CCI de Rouen brille une nouvelle fois par son absence totale de vision de long terme et privilégie les intérêts d’une poignée de ses mandants au détriment du plus grand nombre et des nouveaux entrants dans le monde de l’économie. Ce faisant elle manifeste aussi le plus complet mépris à l’encontre des politiques publiques menées par l’Etat et/ou les Collectivités alors que celles ci font aujourd’hui de l’essor du tourisme durable une des priorités de développement de l’économie et de l’emploi.

Il faut souhaiter que le Conseil d’Etat ne fera pas droit à l’inepte demande de la CCI de Rouen.

Dans le cas contraire, celle ci marquerait une nouvelle fois un but contre son camp.

Déclasser la Boucle de Roumare serait un grave précédent dans le droit de l’environnement.

On ne saurait mieux déclasser la Métropole, déclasser la Vallée de Seine et la Normandie qu’en passant ainsi le message surréaliste que la logistique seule y a voix au chapitre et que l’environnement n’y a pas droit de cité.

C’est toute la crédibilité des discours sur l’attractivité de ces territoires qui serait atteinte.

Il conviendrait alors d’en tirer les conséquences sur le rôle respectif des différents acteurs.

La collectivité régionale devrait alors selon moi commencer par interrompre ce jeu de dupes et suspendre « pour inventaire » toutes ses actions partenariales avec une chambre consulaire qui se moque ostensiblement du patrimoine commun des habitants de la région comme de sa première chemise.

8 Commentaires Post a comment
  1. Manuel BARRAULT & Sylvie VERNEUIL-BARRAULT #

    Bonjour Mr TALEB

    Nous apprécions fortement qu’un élu de la région prenne la défense de l’environnement. Nous sommes voisins du GPMR habitants de Moulineaux depuis 22 ans. Nous suivons avec consternation et une certaine tristesse l’avancée peut-être pas inexorable de l’industrialisation le long des berges de la Seine. Nous en sommes les premières victimes. Nos rencontres avec le maire de Moulineaux et son conseil nous font craindre le pire pour notre environnement immédiat. En effet, nous avons eu connaissance du projet du GPMR pour Moulineaux : station de transit et plateforme logistique sur la fameuse zone classée. Il semblerait que la vision économique locale soit obsolète et méprise totalement la valeur de l’environnement au détriment du développement touristique et la qualité de vie des riverains : Moulineaux, La Bouille et Sahurs. Le classement de la boucle de Roumare a été le fruit d’un travail approfondi et de longue haleine, comment peut-on concevoir une demande aussi incongrue et méprisante ?
    Au plaisir de vous lire..
    Sylvie et Manu

    mai 15, 2015
    • DUCELLIER #

      Bonjour Manuel BARRAULT,
      je suis Patrice DUCELLIER du Lycée des Bruyères
      je voudrais rentrer en contact avec toi
      06 03 61 69 98
      patrice.ducellier@orange.fr

      septembre 25, 2016
  2. Claude #

    Demande aussi incongrue que méprisante en effet. Certains grands acteurs économiques de Notre région ont bénéficié sans vergogne depuis des décennies de la complaisance et des aides économiques de l’Etat et des Collectivités locales, bref d’argent public. On peut dire aujourd’hui que la filière logistique n’a pas tenu ses promesses et n’a apporté que peu de valeur ajoutée locale et peu d’emplois en comparaison des investissements colossaux dont elle a bénéficié. Et bien sur ce développement s’est opéré en sacrifiant des milieux naturels, des zones agricoles et la qualité de vie des habitants/riverains comme des promeneurs et des touristes occasionnels que nous sommes tous. C’est pourquoi cette façon d’agir est choquante, outrecuidante, irrespectueuse et intolérable. La CCI mais aussi les entreprises et agents économiques .. portuaires qui se cachent derrière le forfait font de nouveau appel aux fonds publics de l’Europe, de l »Etat, de la Région. Le moment est me semble t’il venu de dire non et d’exiger au préalable la mise en oeuvre de toutes les contreparties environnementales qui restent en souffrance de l’amont à l’estuaire de NOTRE fleuve

    mai 15, 2015
  3. Philippe Fajon #

    Cher Claude,
    non, notre environnement tant naturel que culturel, ne peut pas faire tout le temps des compromis avec l’aménagement forcé du territoire et l’appât du gain des industriels ou financiers. Sur ce coup là, il semble bien que les membres de la CCI sont au-delà de touters les inepties. Ont-ils déjà oublié, comme tu le dis, que les aménagements portuaires sont validés après l’acceptation de mesures compensatoires (qui ne sont souvent que des pis-aller), et que celles-ci ont bien du mal à se mettre en place. Cette posture de déni de la CCI est inacceptable. Elle choque en moi autant l’historien des paysages, le président du conseil scientifique du Parc Naturel Régional des Boucles de la Seine Normande, que le citoyen.
    On parle beaucoup des démarches ERC (éviter – réduire – compenser) dans les relations entre aménagements et environnement, que ce soit dans l »industrie, les transports ou le travail des collectivités. Il serait temps que la CCI apprenne le sens de ces trois lettres.
    Bien à toi
    Philippe

    mai 15, 2015
  4. Claude #

    Je partage absolument ton avis cher Philippe.
    Nous avons aujourd’hui le recul qui nous permet malheureusement de constater que les « contreparties » environnementales (la renaturation de berges, l’analyse des boues de sédiments..) ne sont pas mises en oeuvre par le Port et à peine soutenues par l’Etat.
    La duplicité de la CCI rouennaise signe d’une certaine façon le crime.
    Dans ces conditions il n’est plus l’heure des compromis mais de l’action contre tous les projets du GPMR sans exception. .
    Bien amicalement

    mai 15, 2015
  5. Mr. et Mme CESTAC Philippe #

    Bonjour Mr. TALEB

    Mon mari et moi, comme Mr. et Mme BARRAULT sommes riverains de Moulineaux. Nous aussi apprécions beaucoup, qu’enfin un élu de notre Région soit contre le projet du GPMR.
    Ce serait une catastrophe écologique pour notre belle vallée de Seine. Une destruction irrémédiable.
    Il faut arrêter ce rouleau compresseur qui a déjà détruit des kilomètres de berges de Rouen à Grand Couronne.
    Défendons notre patrimoine.
    Cordialement

    mai 18, 2015
  6. Claude #

    Bonsoir
    Cet après midi des représentants de l’association de défense des berges de Seine assistaient à l’audience. Le jugement du Conseil d’Etat sera rendu d’ici 3 semaines. Espérons que la raison l’emportera. Ceux qui espéraient accomplir discrètement cette infamie ont raté leur coup. Riverains, associatifs, élus… il faut continuer à faire entendre une autre voix que celle des aménageurs aveugles et sourds. J’ai évoqué le sujet ce matin même à la Région en réunion d’exécutif. La première conséquence d’une éventuelle annulation du Classement serait la remise en question automatique et immédiate des financements régionaux et européens d’investissements portuaires qui sont justement conditionnés au Classement des BS et à la renaturation des berges

    mai 18, 2015
  7. Claude #

    http://www.paris-normandie.fr/detail_article/articles/3202078/breves+normandie/la-boucle-de-roumare-devant-le-conseil-d-etat#.VVrT7ecb1Gg
    Une bonne nouvelle : la confirmation que le rapporteur public préconise le rejet de la requête. Une mauvaise : la CCI de Rouen n’était pas le seul requérant mais co-requérante avec l’union des industries de carrière, l’organisation des transports routiers, l’union portuaire .. et la chambre d’agriculture de Seine Maritime qui s’associe donc aux bétonneurs qu’elle dénonce par ailleurs en se plaignant des pertes de terres agricoles

    mai 19, 2015

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